
Et si la structure de l'expérience changeait notre manière d'apprendre?

On parle beaucoup de ce que l'enfant apprend.
Les mots.
Les règles.
Les gestes.
Les connaissances.
Les comportements attendus.
Mais une autre question mérite peut-être tout autant notre attention :
Est-ce seulement ce que nous apprenons qui compte — ou aussi la manière dont l'expérience d'apprentissage est structurée?
Une étude publiée le 3 septembre 2026 dans Nature Neuroscience apporte un éclairage fascinant sur cette question.
Et elle nous invite à regarder l'apprentissage autrement.
Ce que les chercheurs ont observé
L'équipe de John C. Bowler et James G. Heys s'est intéressée à la manière dont les expériences antérieures peuvent influencer les stratégies utilisées lorsqu'une nouvelle tâche devient plus complexe.
Pour étudier cette question, les chercheurs ont travaillé avec deux systèmes : des réseaux neuronaux récurrents — des modèles informatiques appelés RNN — et des souris placées devant une tâche expérimentale impliquant notamment la durée de stimuli olfactifs.
Ils ont ensuite comparé différentes façons de structurer l'entraînement précédant la tâche complète.
Le résultat est particulièrement intéressant.
Lorsque l'expérience préalable était structurée de manière à préparer progressivement à certains éléments de la tâche, les systèmes étudiés développaient des stratégies plus flexibles et davantage capables de se généraliser à une situation plus complexe.
À l'inverse, sans cette expérience préalable structurée, les stratégies développées pouvaient devenir plus rigides et davantage sujettes aux erreurs.
Autrement dit, dans ces conditions expérimentales, ce n'était pas seulement l'expérience antérieure qui comptait. Sa structure comptait aussi.
Ce que cette étude ne dit pas
Cette distinction est essentielle.
Cette recherche n'a pas été menée auprès d'enfants.
Elle a été réalisée avec des souris adultes et des modèles informatiques.
Nous ne pouvons donc pas prendre ces résultats et conclure que la même chose se produit de façon identique dans le développement d'un enfant, ni qu'une façon précise d'éduquer ou d'accompagner produira les mêmes mécanismes.
La recherche scientifique demande cette prudence.
Mais elle peut ouvrir des questions.
Et c'est précisément là que, pour NEMA, la recherche rencontre le terrain.
Et si l'enfant n'apprenait pas seulement la réponse?
Lorsqu'un enfant apprend quelque chose, il ne rencontre pas uniquement une information.
Il vit aussi une expérience.
Il peut rencontrer l'erreur.
L'attente.
La frustration.
L'encouragement.
La répétition.
L'autonomie.
La réaction de l'adulte.
Le sentiment d'être capable — ou celui de ne pas encore savoir comment faire.
Prenons une situation très simple.
Un enfant essaie d'attacher ses chaussures.
Il essaie une première fois. Ça ne fonctionne pas.
À cet instant, plusieurs choses peuvent se produire.
L'adulte peut faire à sa place.
Il peut lui montrer une autre étape.
Il peut lui laisser quelques secondes pour chercher.
Il peut accueillir sa frustration.
Il peut lui dire : « Regarde ce que tu as déjà réussi à faire. Maintenant, qu'est-ce qu'on pourrait essayer? »
Dans toutes ces situations, le lacet reste le même.
Mais l'expérience vécue autour de l'apprentissage, elle, change.
Et cela nous amène à une question qui dépasse largement le fait de savoir attacher ses chaussures :
Qu'est-ce que l'enfant est en train d'apprendre sur sa façon d'apprendre?
La structure n'est pas le contrôle
Parler de structure peut facilement faire penser à davantage de règles, davantage de contrôle ou davantage d'interventions de la part de l'adulte.
Ce n'est pas nécessairement ce que nous entendons ici.
Une structure peut aussi créer suffisamment de sécurité et de repères pour permettre l'exploration.
Elle peut permettre d'essayer.
De se tromper.
De recommencer.
De reconnaître ce qui fonctionne.
Puis de transférer progressivement ce que l'on a compris vers une nouvelle situation.
L'adulte n'a donc pas nécessairement à fournir toutes les réponses.
Il peut contribuer à créer les conditions dans lesquelles l'enfant apprend à chercher.
Pourquoi NEMA porte une attention particulière aux premières années
À l'Institut NEMA, nous accordons une place particulière à la période de 0 à 8 ans.
Non pas parce que cette étude démontre qu'il existe une frontière scientifique universelle à huit ans — ce n'est pas ce qu'elle étudie.
Mais parce que notre travail nous amène à considérer les premières années comme une période fondamentale pour construire et accompagner progressivement certaines bases de l'expérience relationnelle et de l'apprentissage.
C'est dans cette perspective que s'inscrit notre ligne de travail :
Petite enfance : construire.
Enfance et adolescence : ajuster, accompagner, réorganiser.
Adulte : déconstruire pour reconstruire consciemment.
Il s'agit d'une grille de lecture NEMA.
Et elle nous amène à regarder au-delà du comportement immédiat.
L'adulte fait lui aussi partie de l'expérience
Lorsque nous accompagnons un enfant, nous pouvons facilement concentrer toute notre attention sur lui.
Est-ce qu'il écoute?
Est-ce qu'il comprend?
Est-ce qu'il coopère?
Est-ce qu'il réussit?
Mais l'adulte est lui aussi présent dans cette expérience.
Son ton.
Son rythme.
Sa capacité à tolérer l'erreur.
La manière dont il intervient.
Le moment où il choisit d'aider.
Le moment où il choisit d'attendre.
Voilà pourquoi, chez NEMA, accompagner l'enfant ne peut pas complètement être séparé de l'accueil de l'adulte.
Il ne s'agit pas de chercher un adulte parfait.
Il s'agit de rendre visible la relation dans laquelle l'apprentissage se déroule.
La recherche rencontre le terrain
Cette étude ne nous donne pas une recette éducative.
Et c'est peut-être justement ce qui la rend intéressante.
Elle attire notre attention sur quelque chose de plus fondamental :
Cette recherche nous invite à considérer que l'histoire des expériences antérieures peut participer à la manière dont de nouveaux apprentissages sont abordés.
Chez NEMA, cette idée ouvre un espace de réflexion immense.
Parce qu'au-delà de ce que nous voulons enseigner aujourd'hui, il existe peut-être une autre question à garder près de nous :
Au-delà du comportement que je vois aujourd'hui, qu'est-ce que cette expérience est en train de lui apprendre pour demain?
Accompagner l'enfant. Accueillir l'adulte. Faire évoluer la relation.
Sophie Roy Perron
Pour aller à la source
Bowler, J. C., Azhar, D. B., Jensen, C. M., Lee, H.-W., Heys, J. G., et al. (2026). Structured experience shapes strategy learning and neural dynamics in the medial entorhinal cortex. Nature Neuroscience.
